mariage kkk1Les années 1922 et 1923 marquent le début de l'arrivée, massive des Polonais dans le Bassin Minier, et particulièrement dans les villes minières du Denaisis, Douaisis et Valenciennois. Les premiers mariages, entre polonais, sont alors enregistrés à l’État Civil. Illustrations...

 

Ainsi, à Escaudain, le premier mariage entre polonais, officiellement enregistré à l’État civil de la ville est celui de Jean Jakubiak, un ouvrier mineur (27 ans, né à Łęki Małe , Kamieniec, ) en Pologne, en 1896), et Élisabeth Reszewski (19 ans, née à Buer Middelich, en Westphalie- Allemagne, en 1904).

Ce premier mariage, entre polonais, s’est déroulé le 24 mars 1923. Cela permet de supposer une arrivée en France, en 1922.

On notera ici une caractéristique récurrente d’une grande partie des polonais du Denaisis-Valenciennois : leur origine. Jean Jakubiak(1) est né dans un village situé près de Poznan. Et son épouse est née en Westphalie, dans un quartier de Gelsenkirchen, en Allemagne.

Sans doute peut-on estimer que Jean Jakubiak et ses parents sont eux aussi passés par les mines Westphalie avant d’immigrer dans le bassin minier du Nord (comme c'est souvent le cas pour les famills venues de la région de Poznan).

En effet, de très nombreux polonais, ont quitté (à la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle) les zones rurales de l’Ouest du territoire de l’ex-Pologne (alors sous domination de la Prusse) pour tenter de trouver un meilleur avenir dans les mines du bassin de la Ruhr(2). « On les appelaient les Westphaliens. Parents et maintenant enfants avaient appris à extraire le charbon » souligne Yves Frey(3).

Ils vont être massivement recrutés par le Comité Central des Houillères de France (CCHF) à partir de l’automne 1920. En acceptant de venir travailler dans les bassins miniers français, ils peuvent se débarrasser de la nationalité allemande pour acquérir ce qui compte beaucoup pour eux : la nationalité polonaise (la Pologne renait en novembre 1918).

Dans le denaisis-valenciennois, ils vont être recrutés par la Compagnie des Mines d’Anzin ou par celle de Douchy (dont la Direction est à Lourches).

mariage kkk1

 

1922/03/11 Abscon Mysliwietz Paul Helczyk Françoise
1922/10/21 Wallers-Arenberg Hellmich Wencelas Wozny Marianne
1922/11/22 Abscon Cichoracki Ladislas Owczarczak Victoire
1922/11/25 Wallers-Arenberg Mizgalski Stephane Helena Spaszewska
1922/11/18 Abscon Jagiello Sigismond Mazingue Flavie
1923/01/27 Abscon Lusiewicz Theodore Bielejewska Stanislawa
1923/03/10 Abscon Kielbasa Stanislas Chojnacka Petronille

1923/03/24

Escaudain

Jakubiak Jean

Reszewski Elisabeth

1923/10/27 Abscon Lysiak Adam Nowakowska Stephanie
1923/10/27 Abscon Stefaniak Stephane Konieczny Wladislawa
1923/10/27 Abscon Tomaszewski Wladislas Rucinska Jeanne
1923/10/27 Lourches Bleja Stanislas Wilkosz Sophie
1923/11/24 Abscon Kulyk Trophime Stankiewicz Angèle

1923/11/10

Escaudain

Pasiciel François

Beszterda Marie

1923/11/16

Escaudain

Kazmierczak Antoine

Gryszynska Anne

1923/11/24

Escaudain

Klotarski Johan

Nowak

Les prénoms polonais sont traduits et/ou adaptés en français par l'officier d’État Civil de la ville concernée.

Sur les 59 mariages enregistrés à l’État Civil d’Escaudain en 1923, 4 concernent des Polonais, soit 6%. L’année suivante, en 1924, ce pourcentage grimpe à 27%.

On notera que les personnes intervenant comme officiers d’État Civil lors de l’enregistrement des actes ont rapidement francisé les prénoms des personnes concernées. Ainsi « jan » ou « Johan » devient « Jean ». 

Petite exception toutefois pour le premier acte enregistré, celui de Jean Jakubiak : le prénom du père est écrit à la fois en polonais « franciszek » et en français « François ». Le prénom de la mère  « Antonina » Grzeskowiak est traduit par « Antoinette ». Les prénoms des autres personnes citées (les témoins) sont tous francisés (Vincent, André…). 


Lire aussi :

la Cité minière polonaise Paul Schneider, à Escaudain-Lourches.

Un mariage polonais à Thivencelle.

Placek et mariage polonais.


A Abscon, c’est un an plus tôt, dès le 11 mars 1922, que le premier mariage est enregistré à l’État civil communal : Mysliwietz Paul et Helczyk Françoise.

Une particularité : le premier mariage d’un polonais et d’une française. Le 18 novembre 1922, Sigismond Jagiello(4) (né à Trzebina, près de Cracovie) épouse en effet la jeune Flavie Mazingue (originaire d’Abscon). Situation semble-t-il similaire à Lourches, avec le mariage de Stanislas Krakowski et là encore, la jeune Victoire Lecomte (le 25 aout 1924). Si ces faits semblent résulter de contextes particuliers, leurs existences montrent que de tels mariages se sont produits très tôt, contrairement à ce qui est souvent dit et écrit.

A Wallers, dans le quartier minier d'Arenberg, on relève deux mariages polonais en 1922 (sur un total de 68), dont celui de Wencelas Helmich et Marianne Wozny, le 21 octobre 1922. Il y aura 6 mariages polonais en 1923 sur un total de 63.

A Lourches,les mariages polonais débutent en 1923 : celui de Bleja Stanislas et Wilkosz Sophie. Il y en aura six en 1924, soit 10% du total des mariages dans cette ville cette année là.

Si vous ne souhaitez pas que le nom de votre famille soit cité, merci de me l'indiquer.

Dudzinski150© Francis Dudzinski-Ozdoba. Historien & Journaliste.

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Mes articles sont régulièrement complétés et mis à jour. Sources : Archives personnelles,  mes travaux de recherches aux Archives (archives municipales et ADN, CHM, AMT...), mes notes de lectures(*).

Voir : Bibliographie.

(1)Jean Jakubiak décède à l'age de 46 ans, le 25 février 1942, suite à un accident (un éboulement semble-t-il) à la fosse Saint Mark (Escaudain-Abscon). Un deuxième mineur, lui aussi d'origine polonaise, est emporté par cet "accident" :  il s'agit d'Antoine Bannach, 38 ans. Les 2 décès ont été déclarés à l'Etat Civil d'Escaudain, par le Garde des Mines de la Compagnie des Mines d'Anzin. (2)Le vaste bassin minier de la Ruhr s’étend notamment sur les villes de Castrop-Rauxel, Gelsenkirchen, Duisbourg, Bottrop, Mülheim, Essen, Bochum, Herne, Recklinghausen... (3)Yves Frey. Histoire des Polonais en France. Éditions du Détour. Paris.  (4)Un nom et un prénom oh combien symbolique de l’histoire polonais. Sigismond Jagiello est le nom et prénom d’un roi de Pologne, de la dynastie des Jagiellon, connu sous l’appellation de Zygmunt Stary. Né en 1467, il règne de 1506 à sa mort, en 1548.


Vous souhaitez m'adresser un commentaire, des documents ou d'autres photos sur l'histoire des Polonais dans le Denaisis-Valenciennois-Douaisis ? alors écrivez-moi via cet email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. Merci.