tombe21A Escaudain, Lourches, Abscon ou Denain, nombreuses sont les tombes de français d’origine polonaise. Voici quelques petites clefs pour comprendre ce qui est écrit.


Les Polonais de la 1e génération...

Ces quelques informations peuvent vous aider, si cela est nécessaire, à décrypter ce qui est gravé sur les tombes et les plaques. Ces éléments de compréhension, volontairement simplifiés, sont destinés à celles et ceux qui ne maitrisent pas ou peu le polonais, alors n’y voyez pas une leçon académique et détaillée de vocabulaire et de grammaire.

Un constat : c'est globalement à partir des années 1922-1923 (années d'arrivée massive des polonais à Lourches ou Escaudain) et 1965 que l'usage du polonais sur les tombes et les plaques est assez régulièrement pratiqué. Cela se constate particulièrement lorsque le mari ou l'épouse de la personne décédée est encore vivant(e). Dans ce cas, il y a au moins un référent qui sait lire et écrire en polonais.

Sur la base des nombreuses tombes observées dans le cimetière d'Escaudain, il apparait très nettement que les tombes concernées sont celles d'hommes et de femmes issus de la 1e génération d’immigrés polonais (qui viennent en grande majorité des mines de la Westphalie, en Allemagne). L'usage du Polonais est une affirmation de l'origine de la personne décédée, de sa culture et de ses traditions.

Mais cet l'usage du polonais écrit sur les pierres tombales et monuments funéraires disparait progressivement à partir des années 1965 et suivantes. Illustrons cela avec un cas de figure : le mari (généralement un ouvrier mineur), issu de la 1e génération de polonais et né à la fin du XIXe siècle, décède en 1964. La plaque est écrite en polonais. Son épouse, elle aussi d'origine polonaise de la 1e génération, décède en 1970 : les plaques sont toutes en français.

.. et ceux de la 2e génération.

Avec le décès des hommes et femmes de la 1e génération semble disparaitre une certaine forme de respect d'une tradition et d'une utilisation stricte du polonais et ce, jusqu'à la sépulture.

Pour autant, cela ne signifie pas que les enfants de ce couple dans l'exemple évoqué ci-dessus, donc des "polonais" de la 2e génération, ne maitrisent pas le polonais. C'est autre chose : pour ces français d'origine polonaise (dits de la 2e génération), ayant au moins un parent polonais immigré(1) (né de nationalité polonaise en Pologne), et eux-mêmes nés en France, l'emploi du français sur les épitaphes traduit l'adoption pleine et entière, des us et coutumes du pays d'accueil dans ce domaine. Pour eux, la Polonité continue naturellement à s'exprimer, mais autrement et ailleurs que dans le cimetière (par l'usage plus ou moins régulier de la langue, par la gastronomie, le chant, le lien ou non avec la paroisse polonaise, la vie associative polonaise locale, la danse, le bal polonais, les éventuels voyages en Pologne,  etc...)

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"ici repose mon aimé mari...(prénom, nom) né le .... décédé le ..." ;  "tu spoczywa moj …" : ici repose mon…

Le plus souvent, les mots sont écrits en lettres CAPITALES et ne font pas apparaitre les signes diacritiques(2) polonais (par oubli ou par méconnaissance). Ainsi, on trouve régulièrement l’expression : MOJ KOCHANY MASZ, alors que cela devrait être écrit : Mój kochany mąż : mon aimé mari (verbe kochać = aimer. Mąż = mari. Ukochany/ukochana = bien-aimé(e) )

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"ici repose notre père et aussi notre grand-père..." ; Dziadek : Grand-père. babcia = grand-mère ; Ojciec i dziadek : père et grand-père ; córka = fille ; siostra = sœur ; żona = épouse ; "Dla mego / mojego ukochanego syna" : à mon fils chéri ; SP : abréviation de Świętej pamięc qui devrait être écrite : ŚP ou śp. Cela pourrait être traduit par « sainte mémoire », « saint souvenir » ou encore « feu » (au sens de « décédé depuis peu de temps).

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ici dors (repose ) pieusement ( avec Dieu : w Bogu et non pas w Bocu comme indiqué ). UM : décédé le … ( verbe mourir = umrzeć / umierać) ; UR : né le … (urodzony na. urodzić się = naitre) ; Z domu : née (suivie du nom de jeune fille) ; Nasza : notre ; Na pamiątkę : en souvenir

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ici repose pieusement ( Bóg = Dieu / w Bogu ) ma bien aimée épouse et notre bien aimée et chère mère . SP (Sainte mémoire). (prénom et nom) née ( nom de jeune fille) née le ... décédée le ... ; On notera ici, une particularité dans ce texte écrit en polonais : le prénom apparait étonnamment en français (Jean = Jan, Janusz, Janek ).

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Ici dors ( śpi, du verbe  spać= dormir) pieusement  ma fille et notre sœur Catherine ( Katarzyna Ici le prénom est bien écrit en polonais) et le nom est bien terminé en -ska comme cela se doit pour les noms portés par les femmes... ( un exemple : Michał/Michel Dudziński, Zosia/Sophie Dudzińska) .... ;  Apolonia = Apolline.

Dudzinski150© Francis Dudzinski-Ozdoba.

Passeur d'Histoire (écrivain, guide-conférencier). Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..


(1) Les Polonais de la 1e génération sont-ils des émigrés ou des immigrants ?  Ils sont des immigrés lorsqu'ils arrivent en France, alors que des émigrés sont des personnes qui quittent leur pays d'origine. Dit autrement, un immigré pour son pays d'accueil est en même temps un émigré dans son pays d'origine. Marie Curie, née Maria Salomea Skłodowska (1867-1934), est une immigrée de Pologne en France...qui a obtenu le Prix Nobel de physique (1903), aux côtés de son époux et le Prix Nobel de chimie en 1911. 

(2) Signes diacritiques : Neuf lettres de l'alphabet polonais portent un signe qui les différencient de l’alphabet latin classique. Conséquence : ces lettres se prononcent de façon particulière en polonais. Prenons un exemple : le mot « róża » (avec un accent sur le « o » et un point sur le « z ») signifie « rose » et est prononcé « rouja ». Par contre, le mot « rosa » ( se prononce : « rossa » ) sans aucun signe diacritique, signifie « la rosée » (la rosée du matin : poranna rosa).