marianne prevot 310Poursuivons notre petit inventaire des commerces polonais dans le Denaisis, avec la boucherie de la famille Bargiela. Premier épisode : la boucherie est à Denain, rue de Lourches, au bord du site sidérurgique d'Usinor... Le deuxième épisode présentera l'activité des Bargiela à Lourches et Escaudain. Explications et photos...

 

L'histoire de la boucherie Bargiela est liée à trois villes du Denaisis : Denain, d'abord, puis Lourches et Escaudain. Une histoire intimement associée à la vie des français d'origine polonaise, ouvriers des mines et de la sidérurgie.

Premier épisode : Denain. Cette histoire familiale est celle de Teofil (Théophile) Bargiela, né en 1899 à Poreba en Pologne, et de Kazimiera Franciszka Giazynski, son épouse, née quant à elle en 1909. De leur union sont nés Aline, Kazimiera (kazi), Théophile (Théo), Christiane, Jerzy (Georges), Thérèse, Liliane, Marianne et Jacques.   Dans les années trente, Teofil et Kazimiera Bargiela gèrent une boucherie-charcuterie située au N°6 de la rue de Lourches, autrement dit, de la rue Louis Petit. Quel incroyable emplacement : c'est exactement au niveau de la Porte Cavro ( une des principales portes d'entrée dans le très vaste site d'usinor)

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Photo N°1 : Sur la droite : Teofil, Kazimiera et leur fille Aline. On y voit, écrit en polonais sur la vitrine, que l’établissement propose également un service de bar usinier, c'est à dire des repas pour le midi et le souper. Cette information s’adresse principalement aux ouvriers polonais travaillant dans l'usine sidérurgique (cette usine prend le nom d'Usinor en 1948). On peut situer cette remarquable photo au début des années 1930.

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Photo N° 2 : Près de vingt ans séparent ces deux photos. La famille s'est agrandie. Sur la façade de la boucherie, plus rien n'est écrit en polonais. L'activité de "bar usinier" autrement dit de petite brasserie, a cessé. "On y voit mes grand-parents à Denain avec leurs enfants : Liliane, Aline, Christiane ma maman, Thérèse, Kazimiera, Théophile (qui croise les bras, Il sera plus tard boucher polonais à Escaudain) ainsi que Georges, Marianne - décédée -, puis plus tard Jacques. François Sobecki était le parrain de ma maman Christiane » explique Marianne Prevot.


→ Lire aussi : les boucheries-charcuteries, boulangeries et autres commerces polonais dans le Denaisis-Valenciennois.


" Notre jardin, clôturé par une palissade, composée de traverses de chemin de fer taillées en biseau, semblait former une enclave à l'intérieur de l'usine. Les ouvriers, notamment des polonais, nous appelaient pour que mon père ou une de mes sœurs viennent pour commander de la charcuterie. Elles leur rapportaient, bien souvent avec un verre de bière accompagné d'un schiedam(*) bien tassé versé dedans. Un polonais habitant Lieu Saint Amand en 2005 et décédé depuis, m'a confirmé cette anecdote" se souvient Georges Bargiela.  

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Photo N° 3. Sur cette vue aérienne, on parvient à distinguer, au centre, la célèbre Porte Cavro, et à droite, la boucherie-charcuterie Bargiela (marquée par une flèche rouge). " le rouleau compresseur usinor a eu raison de nous. Les maisons à droite et à gauche, en partie détruite durant la guerre ont été rachetées ainsi que leur terrain, dans les années 1951-1952. Notre maison, en bon état, a été conservée. Seuls perdus dans l'enceinte de l'usine, mes parents ne pouvaient que s'attendre à être expulsés. La maison a servi ensuite de dépôt pour la distribution des bleus de travail et des chaussures.

A sa gauche fut créé un poste de garde ainsi qu'une entrée d'usine. Dans les années 80 passant par là par hasard, une pelleteuse en action était en train de la démolir. Je n'ai pas pu m’empêcher de verser une larme. Symboliquement, une lingotière a été placée là, en souvenir du passé sidérurgique. Son emplacement est situé là où se trouvait la boucherie, au 6 rue de Lourches" souligne Georges Bargiela.

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Photo 5 : La porte Cavro lors des manifestations de 1979. A droite, l'ancienne boucherie Bargiela.

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Photo 6 (Google) : vous le constatez, le quartier a totalement changé. Il ne reste rien de la Porte Cavro, ni de la boucherie. Seul l'ancien bâtiment administratif d'Usinor, sur la gauche, n'a pas été détruit.

Tous mes remerciements à Mme Marianne Prévot qui a eu la gentillesse de m’adresser le document "La saga Bargiela" de Georges Bargiela.

(*) schiedam, ou bistoulle, autrement dit, un alcool de genièvre.

A SUIVRE

Dudzinski150© Francis Dudzinski-Ozdoba.

Passeur d'Histoire (écrivain, guide-conférencier).


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