denain usinor40 02084Épisode 5 : C'est un coup dur, très dur : 5.000 emplois supprimés. Derrière ce chiffre, ce sont des hommes, des femmes, des familles et d'autres emplois aussi. En effet, un emploi supprimé dans la sidérurgie, ce sont deux, trois, voire quatre emplois supprimés, à termes, "ailleurs". Ce sont les emplois "induits", ceux que l'on oublie parfois mais qui sont si essentiels, dans le commerce, les services, les petites entreprises... 5.000 emplois supprimés à Usinor Denain, ce sont 10.000, 15.000, 20.000 emplois supprimés dans deux , trois ou cinq ans, dit-on alors, à juste titre... (complément du chapitre 3 de mon livre: Denain. Histoire d'un bassin industriel)

Même l'archevêque le clame : "Nous avons connu la guerre, nous y avons fait face. Devant d'autres calamités, nous ferons face..". L'archevêque en question, est Monseigneur Henri-Martin Félix Jenny, Archevêque de Cambrai. Tout le monde s’émeut, crie, s'alarme à sa façon...

Fermer l'usine ? mais c'est impossible... voilà ce que chacun, à juste titre se dit... Et pourtant...

Alors , que reste-t-il ? la grève, la lutte, le combat.

Le 20 décembre 1978, 10.000 personnes manifestent à Valenciennes à l'appel de l'intersyndicale : CGT, CFDT, CFTC, CGC, FO tous unis, rejoints par la FEN , le syndicat de l’Éducation nationale. un seul mot d'ordre : "Valenciennes ville morte". Les élus politiques sont là, en nombre. Ceux du Parti Communiste, avec Charles Fiterman, secrétaire du Comité Central du Parti Communiste, et naturellement, le député Gustave Ansart... Mais pas qu'eux...

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ici, en terres de Gauche, le Parti Communiste et le Parti Socialiste sont à la fois unis et opposés, notamment lors des élections municipales... Et, dans ce contexte, s’inscrit, de la même façon, l'union et l’opposition entre la CGt et la CFDT...

Mais revenons aux manifestions : 10.000 personnes le 20 décembre 1978 à Valenciennes. C'est énorme estime-t-on alors...

Deux jours après, une manifestation hors norme, du "jamais vu"  s'organise à Denain. 25.000 personnes ! c'est comme si toute la ville, les jeunes les vieux, les enfants, les ados, bref, c'est comme si toute la ville manifestait ! On peine à le croire, à le voir, à l'imaginer.

La ville est une ville morte, au sens total du terme. Tous les commerces sont fermés, les collèges et les lycées, toutes les administrations sont fermées. Seul un service d'urgence de pompier et de médecin est assuré....

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Le silence est là, immense, total. Et derrière ce silence, le cri, l'incompréhension, la révolte, à ce jour, sourde et retenue.... Pourquoi Denain ? pourquoi avoir sacrifié Denain ? c'est incompréhensible...

"Non à la mise à mort du denaisis" "Usinor doit Vivre". On crie, on pleure, on chante aussi, on chante "le chiffon rouge"...

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Chacun sait que, passé Noël et le Nouvel An , si rien ne change, ce sera de nouveau la lutte, le combat, plus dur, plus violent encore...

"Ville marquée par une longue tradition ouvrière, Denain a connu dans son passé des luttes ardentes. Mais jamais, elle n'avait été le témoin d'une manifestation aussi impressionnante dans son caractère que celle qui s'est déroulée ce vendredi 22 décembre 1978. Toutes les forces vives de l'agglomération qui regroupe plus de 100.000 habitants dans un rayon de 15 kilomètres autour des installations du géant de la sidérurgie aujourd'hui menacée de mort, sont dans la rue..." ( la Voix du Nord)

(...)

"les manifestants représentent toutes les couches sociales de la populations, ouvriers, employés, cadres, ingénieurs, fonctionnaires, commerçants, professions libérales et patrons d'entreprises, élus municipaux, membres du clergé, tous sont venus de toute la région du valenciennois et des secteurs limitrophes du Cambrésis et du Douaisis. (...) tout le monde a fait ses comptes. personne ne peut plus dire qu'il échappera aux conséquences qu’entrainera inéluctablement la disparition de la sidérurgie dans le bassin de l’Escaut. A 15 h, le son lugubre du tocsin se répercute, d'église en église et la sirène municipale de Denain lance , dans le ciel gris et bas, une sorte de cri de détresse, un appel au secours, d'une région qui veut continuer à vivre et à travailler. Dans le long cortège , plusieurs fanfares sont là (...). le ton est grave. les visages reflètent l'anxiété, la colère également..." (La Voix du Nord)

A suivre...

© Francis Dudzinski-Ozdoba. Historien & Écrivain.Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..


Usinor Denain 40 ans. Au jour le jour...

Épisode 4. Une chanson a accompagné la lutte des sidérurgistes de Denain, Trith-Saint-léger, Anzin ou encore Longwy en Lorraine, c'est "le chiffon rouge". Une chanson de Michel Fugain. Lire la suite...

Épisode 3. Le 12 décembre 1978. Depuis des mois, les syndicats et de nombreux élus sont inquiets. Les choix du gouvernement et des industriels pour restructurer la sidérurgie pourraient être très lourds pour le Valenciennois et Denain en particulier. Les craintes sont vives, mais on se dit que le pire ne se produira pas, qu’ils n’oseront pas toucher à Denain, que « ce n’est pas possible… ». Et pourtant, le 12 décembre 1978, Usinor annonce 5.000 suppressions d’emplois directs à Denain. Lire la suite...

Épisode 2. L'inquiétude. En ce début du mois de décembre 1978, l’inquiétude est vive à Denain et dans tout le Denaisis. Chacun s’interroge sur l’avenir de l’usine. Les rumeurs les plus folles circulent. 2.000, peut être même 3.000 licenciements pourraient être annoncés dans quelques jours… Lire la suite...

Épisode 1. C'est le  mardi 12 décembre 1978 qu'est annoncé la suppression de 5.000 emplois sur le site d'Usinor-Denain. Un véritable tsunami industriel et social s'abat sur tout le Denaisis, et au delà, le Valenciennois. Ce vaste cataclysme se prolonge jusqu'au 28 mars 1985, jour du laminage de la dernière bobine de tôle sur le train à bande. C'est alors la fin d'Usinor Denain, la fin d'une vaste épopée sidérurgique qui a pris naissance en 1834...Lire la suite...


 couv2Dudzinski Francis. Denain. Histoire d'un bassin industriel.

Éditions Sutton. 2018.

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Quelques commentaires extraits de ma page Facebook :

- Monique Szarek : Merci Monsieur Francis Dudzinski Ozdoba pour vos documents de mémoire. J'ai participé à ces manifestations, comme beaucoup d'entre nous dans le Denaisis, mon père travaillait à Usinor et ce fut une catastrophe pour la région.

- Bruno Levant Les pouvoirs publics de l'époque n'étaient pas conscients de l'impact sur la destruction de ces emplois et de ces vies. Aujourd'hui encore, nous payons cher ce cataclysme. Usinor Trith, 7000 emplois également sans compter les sous traitants.

- Marcel Marcinkowski J'étais au milieu de tout ce monde

- Patrick Lécu La fermeture d’usinor une énorme catastrophe pour le denaisis valenciennois et bien au delà ....

- Jancko Skonieczka En ce temps là nous avions les c... de faire des grèves illimitées quitte à bouffer du pain sec malheureusement ce n'est plus le cas drôle d'époque que nous vivons maintenant plus ça va mal et plus les gens baissent leur froc heureusement il y en a qui luttent cela remonte le moral

- Christian Sobecki Les CRS avaient gazé toute la ville au moment des affrontements...on pleurait toute la journée...l'accès au lycée Jules Mousseron était rendu très difficile...curieuse période qui précédait la mort annoncée d'une ville...

- Murielle Macaux Mon mari est revenu gazé.

- Jocelyne Moreau Mon papa a travaillé a usinor aussi et moi j ai fait grève a 18 ans a cambrai

- Gaetano Zitelli J ais fait grève en 68 et ensuite contre la fermeture d usinor

- Josiane Decarpentry Misiak Les combats de la cgt étaient rudes en ce temps là et les ouvriers tous solidaires et ils faisaient souvent grève pour leur bien

- Claudine Flahaut Mon père à manifesté toute sa vie, il s'est fait gazé en mai 68 j'étais jeune mais je m'en souviens ma mère venait de donner naissance à la dernière de mes sœurs on ne pensait pas qu'il remettrait cela en décembre 78 je venais de donner naissance à la première de mes filles et en 79 il était mis en pré-retraite mais en ayant droit à rien parce quee forte tête, il l'a mal pris malgré le travail de la maison il ne sais jamais remis pour lui de cette trahison, lui qui s'était toujours battu pour la CGT. à sa mort quelques années plus tard, le parti communiste pour qui il s'était toujours battu était présent avec le drapeau sur son cercueil et à la porte le drapeau de la CGT...

- Patrick Bouchet Sacrés souvenirs de cette époque. Papa manifestait comme tous. il a eu droit au lacrymogènes il n en pouvait plus après être rentré un jeudi en arrivant chez mes parents un soir je sentais le lacry tellement il y en avait eu l air sentait fort. Je crois que tous nos papas ont manifesté pendant cette période et cela n a pas empêché la fermeture d Usinor hélas