P1000721Il y a parfois des idées ingénieuses qui surgissent dans les moments les plus difficiles. A Denain, le radoub en est l’exemple. C’est le résultat de l’extraordinaire métamorphose de la halle des lingotières, abandonnée par Usinor, en darse couverte de réparation et de construction de bateaux fluviaux. Aujourd'hui dramatiquement à l'abandon, ce radoub est un très beau patrimoine industriel à sauver.


Usinor Denain Sauvons le radoub du Canal de l'Escaut

La particularité de cet équipement, et ce qui en fait un chantier naval fluvial qu'il convient d'appeler un radoub, est qu’il dispose, après les travaux de transformation du site, d’une cale sèche permettant, comme son nom l’indique, d’accueillir des bateaux et les mettre à sec, pour conduire les travaux.

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Comme ses ancêtres de la Baqueterie, ce radoub est directement relié au Canal à grand gabarit de l’Escaut. Ses dimensions sont imposantes : 90 mètres de long pour 18 mètres de large. Il dispose de deux ponts roulants de 60 tonnes chacun. C’est un équipement unique dit-on alors, capable de séduire une clientèle de mariniers ou de plaisanciers, tant nordistes que belges.

Ce dossier a été mené par Jean Claude Lerique au sein de la Société pour le Développement Industriel du Nord[1]. « Le radoub est seul lieu où on peut réparer des péniches aussi importantes, entre Paris et la Hollande » explique-t-il.

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Le radoub a été inauguré en 1986 par Michel Delebarre, alors Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Les chantiers d’Alsthom Atlantique s’y installent et construisent une série de bateaux automoteurs en fer de 850 tonnes comme par exemple le FiatLux (60,21m x 5,75 m). Dans les années quatre-vingt-dix, le radoub est repris par le chantier Despinoy qui y construit des yachts et autres bateaux de plaisance.

Puis le chantier passe sous le giron de la CFDV (Chantier fluvial Denain-Valenciennes). Mais en vain, l’entreprise a été placée en liquidation judiciaire en 2007.

Dans le bassin de l’Escaut, il ne reste plus qu’un chantier en activité aujourd’hui (le chantier Despinoy), basé à Courchelettes, près de Douai, mais ses cales sèches sont de dimension bien inférieure à celle du radoub de Denain.

Le Canal Seine Nord a remis en actualité le besoin d’adapter la flotte d’automoteurs français aux nouveaux marchés qu’il va générer (comme le font très activement les belges et les hollandais). Il y a là une opportunité immense, porteuse d’avenir.

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Il serait dramatique qu'à Denain, sous le prétexte d'aménager le parc d'activités des Pierres Blanches, on fasse, une fois encore, table rase du passé industriel, et que ce radoub soit détruit.

[1] La Sodinor a été créée par Usinor en 1982, pour soutenir tant sur le plan financier qu’en termes d’ingénierie, la réindustrialisation des territoires qu’il a délaissé dans le Valenciennois et à fortiori le Denaisis.

Dudzinski150© Francis Dudzinski-Ozdoba. Passeur d'Histoire.

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Mes articles sont régulièrement complétés et mis à jour. Sources : Archives personnelles,  Archives (ADN, CHM, AMT...), mes notes de lectures(*), mon livre "Denain et le Denaisis : Histoire d'un Bassin Industriel".

(*) Voir Bibliographie.