06614a2 1C'est le  mardi 12 décembre 1978 qu'est annoncée la suppression de 5.000 emplois sur le site d'Usinor-Denain. Un véritable tsunami industriel et social s'abat sur tout le Denaisis, et, au delà, le Valenciennois. Ce vaste cataclysme se prolonge jusqu'au 28 mars 1985, jour du laminage de la dernière bobine de tôle sur le train à bande de l'usine. C'est alors la fin d'Usinor Denain, la fin d'une vaste épopée sidérurgique qui a pris naissance en 1834.


Usinor Denain 1978-2018 : 40 ans. 15 dates avant la fin...

- 12 Décembre 1978 : annonce de l'arrêt de la production de fonte et d'acier sur le site d'Usinor-Denain. Suppression de 5.000 emplois prévue dès 1979 (l'arrêt des hauts-fourneaux et de l'aciérie est alors programmée pour le 22 juillet 1979).

- 20 décembre 1978 : à l'appel des organisations syndicales, 10.000 personnes manifestent à Valenciennes. 

- 22 décembre 1978 : Une manifestation rassemble 25.000 personnes à Denain. Du jamais vu !

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"Ville marquée par une longue tradition ouvrière, Denain a connu dans son passé des luttes ardentes. Mais jamais, elle n'avait été le témoin d'une manifestation aussi impressionnante dans son caractère que celle qui s'est déroulée ce vendredi 22 décembre 1978. Toutes les forces vives de l'agglomération qui regroupe plus de 100.000 habitants dans un rayon de 15 kilomètres autour des installations du géant de la sidérurgie aujourd'hui menacée de mort, sont dans la rue..." ( la Voix du Nord) (...)

"les manifestants représentent toutes les couches sociales de la populations, ouvriers, employés, cadres, ingénieurs, fonctionnaires, commerçants, professions libérales et patrons d'entreprises, élus municipaux, membres du clergé, tous sont venus de toute la région du valenciennois et des secteurs limitrophes du Cambrésis et du Douaisis. (...) tout le monde a fait ses comptes. personne ne peut plus dire qu'il échappera aux conséquences qu’entrainera inéluctablement la disparition de la sidérurgie dans le bassin de l’Escaut. A 15 h, le son lugubre du tocsin se répercute, d'église en église et la sirène municipale de Denain lance , dans le ciel gris et bas, une sorte de cri de détresse, un appel au secours, d'une région qui veut continuer à vivre et à travailler. Dans le long cortège , plusieurs fanfares sont là (...). le ton est grave. les visages reflètent l'anxiété, la colère également..." (La Voix du Nord)

- 1979 : Le site d'Usinor Denain compte encore 6.560 salariés, mais au cours de ces vingt dernières années, l'usine a déjà perdu 3.000 emplois : en effet, il y  avait 9.530 salariés en 1960 et 8.515 salariés en 1970.

- 16 Janvier 1979, le Premier Ministre, Raymond Barre annonce la création, par le groupe Peugeot-Citroën, d'une usine d'assemblage de boites de vitesse sur le site de Valenciennes (avec la perspective de création, à terme, de 2.500 emplois).

- Le 5 mars 1979, le Premier Ministre confirme l'intégralité du plan social et industriel annoncé le 12 décembre dernier. Les manifestations des sidérurgistes se multiplient. Les 7, 8 et 9 Mars 1979, c'est "l’émeute à Denain" : de violents affrontements opposent les sidérurgistes aux forces de l'ordre amassées près du commissariat.

- Dans la nuit du 24 au 25 juillet 1979, une Convention Générale de Protection Sociale (CGPS) hors norme est signée entre l’État, le Patronat et les syndicats (sauf la CGT).

Cette CGPS cherche à apporter une réponse sociale aux 21.000 salariés de la sidérurgie (dans le Nord et en Lorraine) frappés par le vaste plan de restructuration annoncé en décembre 1978. Concrètement, cela se traduit par :

- une mise en préretraite, avec garantie des ressources (d'un minimum de 70% du salaire brut) avec application d'une exceptionnelle dispense d'activité pour les salariés âgés de 50 à 55 ans et d'une cessation anticipée d'activité pour les salariés entre 55 et 60 ans

- des mutations : internes (vers d'autres établissements du groupe Usinor, dans le même bassin d'emploi ou dans un autre bassin d'emploi) ; externes, c'est à dire dans d'autres usines, hors sidérurgie (avec aides et garanties)

- des formations, pendant un an, avant la mutation

-des départs volontaires : cette mesure est accompagnée (durant une durée limitée) d'une prime de départ volontaire de 50.000 F, s'ajoutant aux différentes indemnités perçues en cas de licenciement.


Lire aussi :

La naissance de l'usine qui deviendra Usinor Denain.

Sidérurgie : Jean Werth à Denain, Armand Résimont à Trith-Saint-Léger.

Une exposition sur l'histoire d'Usinor Denain.


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- 27 juillet 1980, arrêt de la production du haut-fourneau N°3 et de l'aciérie LD. Inexorablement, le plan social se déploie : 4.995 emplois sont déjà supprimés (par départ avec une prime de 50.000 F, mesure d'âge pour les plus de 50 ans, mutation au sein du groupe...).

- 1e septembre 1980 , il ne reste que 1.325 salariés sur le site. Le train à bandes est alimenté par les brames fournies par Usinor Dunkerque et Usinor Isbergues.

- 1981 : Le Haut Fourneau N°1, en arrêt depuis novembre 1973 est détruit le 1e septembre 1981.

- 1982 : annonce de l'arrêt du train continu à bandes.

- 1984 : La CGPS du juillet 1979 est officiellement prolongée. Conséquence : le nombre de préretraites et de mutations continue à progresser pour atteindre, pour le seul établissement de Denain, un total de 1.850 mutations internes ou encore, 2.900 dispenses d'activité et cessations anticipées d'activité.

- 30 mars 1984 : destruction du Haut Fourneau N° 3.

- 10 juillet 1984, destruction du HF N°5. Il ne reste plus que 840 salariés en 1984 et 200 en 1985. Ce sont les derniers sidérurgistes…

- 28 mars 1985 , sortie de la dernière bobine de tôle du train à bande de Denain. Fin de l'activité d'Usinor Denain, la fin d'une vaste épopée sidérurgique qui a pris naissance en 1834


Dudzinski150© Francis Dudzinski-Ozdoba. Passeur d'Histoire.

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Mes articles sont régulièrement complétés et mis à jour. Sources : Archives personnelles,  Archives (ADN, CHM, AMT...), mes notes de lectures(*), mon livre "Denain et le Denaisis : Histoire d'un Bassin Industriel".

(*) Voir Bibliographie.